Chers Publics,

Il y a eu le confinement, puis le débordement. Le vaisseau Arsenal sous l’eau, complètement.

Et maintenant les travaux, promptement diligentés par la Ville de Val-de-Reuil, qui nous font espérer des retrouvailles en décembre. Et d’ici là ? Un théâtre sans public ? Certes la chose est étrange, et si cela peut se concevoir - à l’issue de 1968 certains avait même théorisé le concept du « non public » ; à coup sûr, le spectacle vivant sans artistes ? cela ne se peut !

Ainsi, depuis le mois de Juin, et jusque fin 2020 ce ne sont pas moins de quinze équipes artistiques professionnelles qui vont bénéficier de temps précieux de résidences (danse, théâtre, cirque et musique ) grâce à la complicité du maire de Val-de-Reuil, du conservatoire, de la MJA, de la Factorie et de la compagnie Beau Geste.

De fait, et dans une sorte de jolie ironie, l’activité du théâtre de l’Arsenal à défaut de diffusion, s’engage tout cet automne au service de la création !

Nous avons déjà fait une présentation du travail de la Presque Compagnie au dancing le jeudi 27 août, puis le lendemain avec le tout jeune chorégraphe Grégoire Manhès à la MJA. D’autres présentations vont suivre et s’enchaîneront jusqu’à mi-décembre.

N’hésitez pas à vous inscrire sur le site du théâtre si vous souhaitez assister à une ou plusieurs sorties de résidences.

Enfin vous retrouverez toute l’activité artistique (théâtre, danse, cirque, musique) sur le tout nouveau plateau du théâtre de l’Arsenal dès janvier 2021.

En attendant, protégez-vous et protégez les autres,

Pensées affectueuses de toute l’équipe de l’Arsenal

 

Intenses

Presque Compagnie / Charlotte
Textes : Marie Nimier

ELLES sont attachantes, martiales et tendres.
Précises. Concentrées. Éprouvantes.

Seules. Assemblées.

Engagées.

Pieds nus. Pieds chaussés. Pieds solides, ancrés.

Éléonore, Ambre, Tésia, Chloé, assises dans le clair-obscur du Dancing de l’île du Roi, comme sonnées, et Charlotte debout derrière la console — c’est elle qui a écrit la musique, une tuerie dirait mon fils. Elles récupèrent.

L’air est épais, chargé de sons, de fumées, de catastrophe. De mots qui font pleurer.

Mais elles ne pleurent pas. Elles dansent.

Même immobiles, elles dansent.

 


On reprend la Macarena ?


Des femmes, oui, c’est important, ce sont des femmes qui dansent

Leurs corps sont ceux d’après le chaos. Survivantes. Combattantes pacifiques et déterminées. Ont décidé d’éprouver le plateau. D’en découdre avec la violence. D’en découdre avec l’abattement.

Au tranchant du solo succède la complicité du groupe. Les gestes passent de main en main.

Ils évoquent un espoir qui nous touche au fond. Ou plutôt qu’évoquer, l’expérimente.

 

Truc de groupe

L’espoir de nous serrer, de nous retrouver. Entières. Sincères. On a envie de les rejoindre et comme elles, de ne pas hésiter à rester de dos dans les crépitements du feu. L’affrontement n’est pas toujours la meilleure solution. La force est dans l’arrondi. Les micros événements. Il ne s’agit pas de montrer, ni de démontrer. Ni même de raconter. Elles laissent la démonstration aux démonstrateurs. Ne cherchent pas à nous vendre leur sauce.

Elles cherchent, tout court.

Réinventent le mot Consolation, à chaque répétition.

 

 

 

Fenster

Collectif Manyways / Sandy Ouvrier
Variations musicales et fictionnelles sur nos insomnies à partir de Jean-Sébastien BACH un trio à corde, des témoignages de ceux qui préfèrent la nuit et une comédienne.
En résidence de deux semaines à l’ile du Roy , salle noire de la Factorie.

Le comte de Keyserling aimait la musique. Il aimait Jean-Sébastien Bach, il était insomniaque. Il commanda une oeuvre à Bach. Celui-ci composa 30 variations pour clavier qu’il confia à un de ses élèves les plus doués : Goldberg. Goldberg dit-on, les jouait au comte afin d’apaiser ses nuits sans sommeil.

Notre projet est nocturne.

Il ouvre des fenêtres.

Il quête l’écoute et la confidence

Il glane des histoires.

Il écrit les variations de perception des Variations, quand il s’agit de la nuit, de l’insomnie

Mêler des mots aux notes de Jean Sébastien Bach : c’est notre seconde intuition...

Un trio à cordes et une actrice, donc...

A la manière de Shéhérazade, créer du suspense, maintenir en haleine... ne pas dormir, nous avons imaginé que les variations seraient entrecoupées de contes minuscules.

Des histoires de nuit, d’insomnie de gens d’aujourd’hui qui viendraient caresser l’universalité des Variations Goldberg, leur incroyable modernité, leur géométrie parfaite,

Nous mettons en place un protocole afin de récolter de nombreux témoignages, à partir de ces témoignages, nous écrivons, mettons en rythme et en images les sensations nocturnes que l’on nous confie.


Rendez-vous dans un bar de nuit, une brasserie, un bar d’hôtel ou via FaceTime ou au contraire au coin d’un feu...

Quand tu écoutes ça, tu penses à quoi ?

Quand tu écoutes ça, tu ressens quoi ?

As-tu déjà connu des nuits sans sommeil, volontaires ou subies ?

Que fais-tu de tes nuits sans sommeil ?

Quand tu ne dors pas, tu sais pourquoi ?

Ta dernière nuit sans sommeil, tu me la racontes ?

Ta dernière nuit sans sommeil, tu te l’expliques ? Et puis, tu me l’expliques ?

Fenêtre se dit Fenster en allemand...

Des fenêtres pour se glisser dans l’intime.

Elle donne accès au monde extérieur et elle permet à l’extérieur de pénétrer à l’intérieur... Elle est un tremplin vers l’imaginaire.

Nous souhaitons donc imaginer un dispositif fait de fenêtres et baies vitrées, légères et pouvant se déplacer très facilement afin de changer les points de vues, donner à voir, se donner à regarder

Regarder le public

cadrer le regard

des fenêtres mouvantes comme autant de quatrièmes murs qui se craquellent.

La fenêtre permet une diffraction de la lumière, nous pourrons ainsi jouer avec l’heure : du soir à l’aube....

Les interviews sont menées avec délicatesse, de nombreuses personnes se sont prêtées au jeu, des personnes de tous âges, de tout univers.

Ecrire notre texte fait de notes et de mots.

Laisser se dérouler deux ou trois variations écrites par Bach, puis mêler la musique et les mots,

Le déroulé du spectacle, à savoir, sa part fictionnelle - faire de ces petites histoires vraies l’histoire d’un spectacle - sera guidé par la construction des variations Goldberg.

Il racontera le cours de toute une nuit.

 

 

Attention au départ !

Éloïse et Grégoire
Textes : Marie Nimier

Depuis quelques jours à Val de Reuil, j’entendais parler de Grégoire. Grégoire ceci, tu verras, Grégoire cela. Il a un truc, ce mec. Alors j’attendais Grégoire, le truc de Grégoire, et j’ai croisé les yeux pétillants d’Eloïse.

Ils sont deux en résidence, deux à créer, s’appuyant l’un sur l’autre pour faire surgir des situations cocasses, façon couple burlesque des films en noir et blanc, et s’il écrit la musique, c’est bien à deux que se mène la danse sur la scène de la MJA où ils ont posé leurs affaires.

Une semaine de répétition, une semaine entière ! « C’est beaucoup, s’enthousiasme Grégoire, on n’a pas l’habitude d’avoir de grandes plages ! »


40 minutes, 4 parties, y-a plus qu’à écrire la danse (ben oui, mec, plus qu’à)

Une grande plage, donc, avec un tapis noir qui gondole en guise de sable, évoquant irrésistiblement le mouvement du train. Car nous sommes dans un train. De chaque côté de l’espace, des chaises municipales figurent les banquettes sur lesquelles s’assiéront bientôt les premiers spectateurs venus flairer l’air d’un Arsenal hors les murs. L’espace de jeu est la travée centrale. Les incursions vers les spectateurs respecteront les distances sanitaires, mais l’on sent bien que ces deux-là seraient prêts à grimper sur les genoux des voyageurs s’ils le pouvaient, et que tout le wagon partirait dans un joyeux délire au moment du contrôle des billets.

Éloïse : « Enroule, enroule, enroule ! T’enroule pas assez ! »

La danse se cherche, narrative, théâtrale, ponctuées d’annonces SNCF (prises sur le vif ou enregistrées maison), annonces montées et démontées — il s’agit d’un incident, si dans, si dans, si dans, d’un retard difficile à évaluer… Éloïse fait la moue sous sa casquette, façon Anna Karina dans Pierrot le Fou, Grégoire se gratte la tête, l’air perplexe, il est très fort en air perplexe, Grégoire. Il a de grandes mains qui sortent tout droit d’un tableau d’Egon Schiele

Les répétitions se poursuivent le lendemain matin. Matinée solo, Éloïse expérimente cette chose que nous connaissons tous : elle revient de la voiture-bar, les bras chargés de victuailles. Impro sur le tombé rattrapé glissé coincé avec une idée fixe en tête : continuer à boire son verre d’eau. Avec le masque, ça se corse. La scène clownesque vire à la tragédie, le regard se transforme. Du « Je danse avec des trucs » on passe à « Je ne lâcherai rien ».

Le travail ? Être au sol ou ne pas l’être, un peu, pas trop, reprendre en musique la ronde des mais si, et alors, on pourrait, si on…