Le fil de l’Horizon

Vendredi 8 janvier

Quels vœux pour 2021, quand le programme annoncé il y a trois semaines commence déjà d’être caduque ?

Il y a cette étrange nouvelle de Kafka : un homme vient devant la porte d’un palais et voilà qu’il attend, il attend que le gardien lui autorise l’accès. Il attend, et attend infiniment. Enfin quand la porte allait s’ouvrir, il s’en est allé, il vient de renoncer : alors le gardien lui hurle qu’elle n’était là que pour lui…

Plus nous avançons, plus l’horizon s’éloigne. Ainsi en est-il pour nous aussi, tous les « non essentiels » - un leg linguistique de plus de 2020. Ou plutôt 2.0, 2.0 : troublant redoublement du numérique, songeons-y - véritable événement numérologique et historique, exactement contemporain de la sidération virale planétaire (pour les amoureux des nombres il faudra attendre 3030…).

Mais revenons à 2021: côté spectacle vivant, nous voici plongés finalement en terrain famillier, c’est à dire que nous allons improviser ! cela pendant des  semaines, pendant des mois.

Et si vous le voulez bien, nous improviserons ensemble ! Voici nos vœux pour une année qu’on voudra donc résolument nouvelle.

A commencer par le jour de nos retrouvailles au Théâtre de l’Arsenal, qui comme certaines consignes de jeux pour danseurs ou comédiens, se découvrent au tout dernier moment.

Et sans attendre une pleine réouverture aux publics, nous travaillons dès à présent à continuer et approfondir le soutien aux artistes, commencé sous formes d’une vingtaine de résidences l’an passé. Nous voulons enrichir ces expériences de collaborations, proposer de nouveaux contours, d’autres temps et approches pour la création et la recherche, que les incertitudes présentes rendent paradoxalement possibles.

Ces travaux vous pourrez y être associés de diverses façons, on vous dira très bientôt comment.

« Readiness is all !» se persuade le jeune Hamlet. Oui, « prêts » nous le sommes, et nous savons que vous aussi, quitte à contredire l’attente devenue insoutenable du personnage de Kafka.

 

Jean-Yves Lazennec & Dominique Boivin